Critic | Crypto : éclipse par les mots

Interprète connu et reconnu, Guillaume Côté signe la chorégraphie de cryptoœuvre qui interroge le rapport – souvent tordu – entre l’homme et la nature.

Publication le 12 May

Iris Gagnon-Paradis

Iris Gagnon-Paradis
La Presse

D’abord présentée and preview au Festival des arts de Saint-Sauveur en 2019, crypto était de la programmation de Danse Danse en 2020. Après de nombreux reports, voici que la pièce prend enfin vie sur la scene du Théâtre Maisonneuve, après être passée par quelques villes de la province auparavant.


PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Guillaume Coté et Greta Hodgkinson incarnate un couple à la dérive.

Piece pour quatre danseurs – Guillaume Côté lui-même, ainsi que Greta Hodgkinson, Natasha Poon Woo et Casia Vengoechea –, crypto a beaucoup d’ambition. S’y rencontrent un texte de l’auteur canadien Royce Vavrek, écrit à la demande du chorégraphe, la musique originale du compositeur Mikael Karlsson ainsi que les effets visuels sophistiqués du studio montréalais Mirari.

L’histoire, inspirée par la cryptozoologie (la recherche d’animaux dont l’existence ne peut être prouvée), prend des airs de fable : un couple à la dérive cherche la rédemption, qui passera par une grande quête : trouver cette créature mythique « monstrueuse et magnifique » qui apparaît dans les songs de l’homme. Sauvage, cette créature rêvée et désormais réelle ne peut être domptée ni apprivoisée. Le couple fera appel à une surgery ne qui, armée de ses instruments, tentera de lui donner une forme humaine. Une opération qui videra la créature de son essence, menant à sa rébellion.

Avec cryptoCôté interroge donc cette propension de l’homme à vouloir faire la nature à son image, à la mater, avec les conséquences funestes que cela peut entraîner.

Conte de fees à la Frankenstein


PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Les effets visuals de crypto sont l’œuvre du studio montréalais Mirari.

Le propos de ce conte de fees modern aux airs cauchemardesques, qui peut évoquer Frankenstein ou La petite sirene, n’est pas ininteressant and soi. La trame narrative presente au public a le merite d’être très claire, et on comprend bien de quoi il est question. Le texte, lu par des voix hors champ avec beaucoup (trop ?) d’emphase, with la table. Les projections, bien travaillées et évocatrices, nous entraînent dans cet univers onirique fantastique, dans lequel une ombre toutefois plane. La musique, portée par les instruments à cordes et mâtinée de sonorités électroniques, installe une ambiance inquiétante or point une certaine mélancolie.

Le talent d’interprète de Guillaume Côté, danseur étoile pour le Ballet national du Canada, qui a dansé pour les plus grandes compagnies au monde, est indéniable. Son travail chorégraphique dans cette création – la première de sa nouvelle compagnie Côté Danse – demeure toutefois assez convenu, dans la lignée du néo-classique, avec quelques touches contemporary.


PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

La chorégraphie reste assez fidèle à une esthétique neo-classique.

Il ya bien quelques lignes brisées ici et là, des mouvements saccadés, des envolées virtuoses, des pas de deux empreints de grâce et les contorsions disloquées de la créature – soulignons à cet égard l’plusia Vengotation de moments fortress du spectacle. Cela dit, les tableaux se succèdent sans surprendre, parfois de façon répétitive. Dommage, car le propos de la pièce aurait pu ouvrir la porte à une proposition plus novatrice.

Le mouvement, même s’il est incessant, semble souvent avalé par le reste des éléments scéniques – la narration hors champ, les projections, la musique, l’éclairage. Il se vide ainsi de sa substance. On comprend l’attrait d’utiliser les mots pour appuyer une production dansée, et certains chorégraphes le font avec brio. Mais il ya toutefois ce danger : quand le langage dit tout, le corps, lui, ne dit plus rien, et perd de sa puissance évocatrice.

crypto

crypto

Au Theater MaisonneuveJusqu’au 14 mai

Leave a Reply

Your email address will not be published.