Crypto monnaies : ils ont voulu faire fortune… et ont tout perdu

“C’est comme au casino, il est très dur d’arrêter de jouer”. Olivier*, 27 years old, travaille dans le secteur bancaire. Il a fait ses premiers pas dans les cryptomonnaies dès 2017, et augmenté sa mise pendant la crisis Covid : “Je pressentais qu’elles allaient s’envoler.” Après avoir cassé son livret d’épargne, il achète pour 4 000 euros de cryptos et en investit 15 000 de plus sur des produits liés à ces nouvelles monnaies numériques. “En quelques mois, j’ai doublé ma mise. C’est grisant, on se sent surhumain, plus intelligent que le marché.” La chasse à la bonne affaire incite cependant à aller sur des produits de plus en plus risqués, reconnaît le jeune cadre. “Je n’ai pas eu l’intelligence de partir avec mes gains. Là, j’ai perdu 17 000 euros”, confie-t-il, désabusé.

En pleine euphorie à l’automne dernier, le marché a dégringolé depuis. La star des cryptos, le bitcoin, a perdu 40% de sa valeur and six mois ; son premier challenger, l’ether, a lui chuté de 55%, et certaines cryptomonnaies, tel le luna, ont vu leur valeur quasiment s’évaporer. Olivier est loin d’être le seul a subir ces folles montagnes russes. Car, en dix ans, le nombre d’investisseurs crypto a bien grandi, et leur profil s’est fortement diversifié. Longtemps terrain de jeu de quelques technophiles initiés, les cryptomonnaies ont peu à peu attiré des entrepreneurs stars de la Silicon Valley (Jack Dorsey, Elon Musk…), des institutions Financières traditionnelles (BlackRock, JP Morgan…), puis le grand public. Déjà 8% des Français ont investi dans des cryptos ou des NFT, révèle une étude Adan/KPMG, soit plus que ceux détenant des actions en propre.

Lorsqu’ils sautent dans la “Matrice”, ces petits porteurs se retrouvent plongés dans un eldorado étrange et coloré. Image de singes, de punk, metavers façon jeux rétro, le monde crypto est né chez les geeks, et cela se voit. “On se croirait dans un manga ou une bande dessinée. Cela plaît beaucoup aux jeunes qui trouvaient la finance à la papa ringarde”, explique Alexandre Baradez, analyste financier de la société de brokerage IG France. Ce monde mystérieux a son jargon et ses codes : on y parle d’airdrop and the burn, on y poste des mèmes sur les baleines (les crypto-riches) ou les ours (en référence au bear market, marché baissier).

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Cette communauté ultraconnectée offre au quidam des tools d’une simplicité diabolique pour “trader”. En quelques clics sur son smartphone, on peut acheter, vendre et surtout suivre les fluctuations de son portfolio. “C’est extrêmement addictif, on consulte son téléphone en permanence. Les valeurs peuvent tripler en un jour, c’est une sacrée adrénaline”, confie Paul*, jeune entrepreneur lillois. Des tools qui n’aident guère à garder la tête froide, car ils braquent le projecteur and permanence sur les “bonnes affaires” loupées. “J’ai acheté l’equivalent de 20 000 euros de cryptos au tout début du bitcoin, quand il valait encore 200 euros. Lorsqu’il est passé à 450, j’ai vendu avec une excellente plus-value, mais si j’ avais attendu fin 2017, j’aurais gagné près de 2 millions d’euros. J’avoue que j’ai du mal à digérer cette histoire”, confie Jean-Marc, entrepreneur de 50 ans qui a d’ailleurs récemment remis au pot près the 80 000 euros.

“On apprend dans la douleur”

Dans la sphère crypto, les privates doivent naviguer au milieu d’une faune excentrique où utopistes fervents côtoient voleurs à la petite semaine et arnaqueurs chevronnés.” confirme Florent*, 30 ans. Ils viennent démarcher le chaland sur Instagram ou TikTok, lui font miroiter des tuyaux en or ou des tokens promis à un succès fulgurant… puis filent sitôt l’argent empoché.

Ceux qui ne tombent pas dans ces entourloupes se heurtent vite à une autre difficulté : le marché crypto est très complex à comprendre. Beaucoup de stablecoins ont, par exemple, donné aux internautes un faux sentiment de sécurité, en jouant sur l’idée que derrière chaque coin se trouvait 1 dollar de réserve, quand les mécanismes sont en réalité bien plus complexes que cela.

Développeur, Arnaud* se plonge systématiquement dans les livres blancs détaillant le fonctionnement des blockchains associées aux cryptos dans lesquelles il investit. “Sur 10 projets lancés, 9 se plants. On apprend petit à petit – et souvent dans la douleur – à les évaluer et à comprendre les cycles du marché.” Quand tout le monde a peur, achetez, quand l’euphorie regne, vendez, veut l’adage. “Je progresse un peu, mais your reste zero en trading“, precise-t-il avec humilité.

“Même quand on connaît bien les marchés financiers, ce n’est pas simple”, rassure Alexandre Baradez, analyste d’IG France. C’est d’autant plus vrai que beaucoup de plateformes étrangères ne sont pas outfits d’informer leurs clients sur les risques de leurs produits. “Les effets de levier, par exemple, ont fortement exposé les personnes qui s’y sont aventurées”, analysis l’expert. The promissory note de ce mécanisme est allechante : vous pariez plus que ce vous possédez. “Avec 1 000 euros et un levier x 100, vous pouvez investir 100 000 euros”, illustre Alexandre Baradez. Mais il ya bien sûr un lapel à la médaille. “Si le marché enregistre une petite baisse, par exemple de 1 % sur un levier x 100, on coupe vos positions automatiquement, et vous perdez l’intégralité de vos 1 000 euros. Et cela arrive très souvent”, explique l’analyste.

Ces particularités expliquent pourquoi certains petits porteurs se retrouvent aujourd’hui dans des situations delicates. “Beaucoup de membres on fait des pertes de 40 to 60%, confie Hermès, un youtubeur qui s’est constitué une communauté de 20 000 personnes autour de sa chaîne Les Rois du bitcoin. Généralement, ce sont des néophytes arrivés avec une seule id : faire un maximum de gains en peu de temps, ce qui entraîne des drames humains.” Désireux de diversifier ses placements, Gérard, parisien de 50 ans, a lui vu la valeur de ses investissements crypto fondre de moitié : “Mes 30,000 euros placés en majorité sur le bitcoin et l’ether valent désormais autour de 17 000, donc j “Ai pas mal perdu.”

“On est à la merci des gros investisseurs qui se coordonnent”

La situation est encore plus désagréable pour ceux qui se sont aventurés sur des projets exotiques comme le stablecoin luna, qui s’est cassé la figure. “Beaucoup de personnes ont acheté jusqu’à la ruine et se sont brûlé les doigts”, pointe le youtubeur Hermès. Au-delà de pertes économiques, règne aussi un certain désenchantement dans la communauté. Beaucoup d’apôtres de la crypto y voyaient un bouclier à l’inflation. Pour eux, la gueule de bois est douloureuse. “Ils ont vu que le secteur était tout aussi impacté, voire plus par les hausses de taux décidées pour lutter contre le dérapage des prix”, décrypt Alexandre Baradez.

L’arrivée des actors de la finance traditionnelle sur leur terrain de jeu rend aussi beaucoup de prives amers. “Le secteur a perdu sa magie et son innocence”, Juge Paul, Le trentenaire lillois. Il faut dire que ces poids lourds disposent de moyens incomparablement plus sophistiqués pour prédire les évolutions des cours et en tirer parti. “On est à la merci d’un groupe de gros investisseurs qui se coordonnent pour faire monter une crypto évoluant dans un marché étroit, avant de s’en retirer brutalement, prenant au passage un gain substantial et déclenchant une panique générale ruineuse pour les plus modestes”, says Nicolas, ingénieur de 30 ans.

Beaucoup de petits porteurs restent cependant étonnamment stoïques dans la tempête. “On est dans une phase o les projets qui ne sont pas assez solids vont mourir, c’est désagréable, mais la technology en elle-même conserve tout son potent”, estime Paul. Après être passé par une phase de trading frénétique, le jeune entrepreneur a, comme beaucoup de ses congénères, rejoint la “communauté des hodlers“, (de l’argot crypto HODL, pour hold on for dear life), qui décident de ne plus toucher à leurs cryptos pendant des années, et font le pari du très long terme. Il est vrai qu’ils sont de plus en plus nombreux à avoir déjà vécu les précédents krachs crypto, notamment celui de 2018. Ce n’est pas leur premier rodéo.

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* Les prénoms ont été modifiés.


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