Les marchés n’ont jamais cru à la guerre Totaal

En Europe, les marchés d’actions ont récupéré tout ou presque de ce qu’ils avaient perdu depuis le début du conflit. Aux États-Unis, c’est encore mieux puisque les marchés sont and boom de près de 5 % depuis cette date. Finalement, seuls les marchés émergents semblent encore sonnés par la déflagration, le marché russe ayant été carrément fermé. Que faut-il penser de cette suffisance des marchés d’actions alors que l’Europe tutoie le néant ?

Imaginons que les prix des actifs financiers nous disent quelque chose d’intelligent, on en déduit alors que les investisseurs ne semblent pas inquiets quant à l’evolution du conflit en cours. Certes, il y eut bien ce moment de stupeur au début du conflit, avec des marchés d’actions perdant près de – 10 % en une semaine. Puis très vite, les investisseurs ont décidé que les marchés n’iraient pas plus bass, rachetant les actifs financiers qu’ils avaient vendu. En clair, l’escalade n’a jamais semblé être le scénario retenu par les investisseurs. pour quoi ?

Il ne faut jamais prêter une attention excessive à ce qui se cache dans le prix d’un actif financier. Les marches sont un observatoire et non pas un conservatoire, on ne doit pas chercher à en déduire de grandes verites à partir de grandes theories. Le risque de surinterpretation y est also fréquent que chez le critique d’art contemporain.

Il faut dire que l’on trouve de tout dans le prix d’un actif financier : the anticipations, the emotions, et bien entendu un peu beaucoup d’irrationalité. Dès lors, la résilience des marchés d’actions face à l’évènement reçoit plusieurs interprétations possibles : force tranquille du sachant, effroi de l’ignorant, hébétude de l’imbécile heureux. Difficile de choisir quel est le bon visage de l’investisseur. De la meme façon, le visage du penseur laisse toujours planer un doute : est-il en train de méditer ou de somnoler ? Jules Renard avait bien une petite idea :

« il ne disait rien, mais on savait qu’il pensait des betises ».

L’hypothèse de l’investisseur qui pense

Faisons l’hypothèse de l’investisseur qui pense. Celui qui fait des anticipations rationnelles par exemple, il ne connait pas la fin de l’histoire, mais il la déduit : « si l’on applique toutes ces sanctions économiques, la Russie va bien finir par plier, et le conflit sera terminé. » On an affaire alors à un investisseur de type Laplacien, qui prétend connaitre la trajectoire de la bourse de manière déterministe, juste parce qu’il connait les conditions initiales du problème. Cet investisseur deduit que l’escalade du conflit ne peut pas avoir lieu, car la Russie pliera avant. Fort de sa demonstration il anticipe alors que les marchés d’actions ne vont pas rester à peigner la girafe : les marchés doivent repartir vers le haut, ce qu’ils font effectivement.

Pas si naïf que cela en verite. Il faut dire que la finance théorique propose un peu le même genre de raisonnement. En cas de crisis sévère, l’investisseur serait fondé de vendre ses actions, car elles sont devenues extrêmement volatiles. Cela dit, il n’en vendra pas trop finalement, car la meilleure protection against une baisse du marché… c’est de le détenir.

On ne rit pas, cette pirouette intellectuelle suppose que toute baisse du marché génère ce que l’on appelle des conditions favorables à son rebond (John Cochrane : Portfolios for long-term investors). Une crise fait baisser le prix current, mais ne fait pas baisser le prix « final ». Ce prix final c’est celui qui reflète la valeur intrinsèque de l’action, sa ask valeur en quelque sorte. Dès lors, vous produisez un potenl de performance significatif entre le prix courant qui a baissé, et le prix final qui lui est resté stable. Il suffit juste d’être patient afin de laisser le temps au prix courant de converger vers le prix final, tout cela à condition bien entendu que la guerre total n’ait pas lieu, sinon le prix courant n’aura jamais le temps de converger fresh le prix final…

Ainsi donc, l’extrême complaisance des marchés d’actions face au tragique ne semble pouvoir se justifier que parce que le pire est écarté de l’horizon des possibles. Le pire ne peut avenir. Donc, il n’adviendra pas.

Mais l’Histoire de la finance n’est pas très sympathique avec l’argument de l’investisseur qui pense. Au mieux elle lui reconnaitra qu’il pense mold. Au pire, elle avancera que la probabilité de l’hypothèse de l’investisseur stupide « confine de façon extraordinaire à la certitude », pour paraphraser Orest Chwolson ce physicien russe des années 30. Plus élégamment, une autre Histoire de la finance dire qu’il est bien difficile de séparer le bon grain de l’Ivrée : on ne sait pas si c’est l’investisseur qui est stupide, ou le modèle appliqué pour tester la stupidité de l’investisseur (tests d’hypothèses jointes ).

Nous concernant, ces toutes dernières remarques signifient que la relative sérénité des marchés d’actions durant ce conflit ne peut être attribuée avec certitude à de l’hébétude de l’investisseur, mais que cela y ressemble mal quand.

La premise de non fin du monde

Cela dit, meme si la confiance poster par les marchés fait tiquer, on peut au moins leur reconnaitre une certaine forme de coherence dans leurs propos. Ainsi, on remarquera que la hierarchie des yields observés sur les différentes classes d’actifs est assez cohérente avec l’intuition. Par exemple, les marchés d’actions américains se sont bien mieux comportés que les marchés européens davantage exposés au conflit. And terms of the choice of valeurs, il y eut une preférence neat pour les valeurs de l’energie (petrole, gas…) au détriment des valeurs bancaires et de l’automobile jugées les plus vulnerables. Anyway, les investisseurs on cherché à se débarrasser de leurs obligations gouvernementales, dans un scénario où l’inflation galopante, la vraie cette fois, pouvait amener les Banques Centrales à durcir davantage leurs politiques monétaires.

Ainsi donc, à partir du moment où vous acceptez la premisse de non fin du monde, tout le reste se déduit naturellement et semble assez coherent. Faut-il accepter cette premise ? Oui, semble indiquer la relative sérénité poster par les marchés. Mais comme nous l’avons vu, cette sérénité ressemble davantage à une opinion qu’à une réelle connaissance.

Une nuance dont le philosophe Theodor Adorno avait déjà relevé les méfaits :

« L’opinion s’appropriie ce que la connaissance ne peut atteindre pour s’y substitute. Elle élimine de façon trompeuse le fossé entre le sujet connaissant et la réalité qui lui échappe ».