Primavera De Filippi : “Le métavers, c’est le nouveau site Web”

Le magazine Americain fortune l’a désignée comme l’une des 40 personnalités de moins de 40 ans les plus influentes dans le domaine de la fintech. Juriste de formation, artiste, activiste militant depuis des années pour un Internet “ouvert” et une nouvelle gouvernance démocratique basée sur la blockchain, Primavera De Filippi sera l’une des invitées vedettes de la conférence USI, qui se tient les 27 et 28 juin au Palais Brongniart à Paris (usievents.com), et dont L’Express est partenaire. Elle nous explique pourquoi les innovations technologiques engendrées par le Web3 constituent une “revolution en puissance”.

L’Express : Blockchain, NFT, DeFi, DAO, métavers… Le “Web3” brasse une foule de terms encore obscurs pour la majeure partie de la population. Alors commençons par faire un peu de pédagogie : pour vous, que recouvre au juste cette expression ?

Primavera De Philippi : On est arrivé à un stade où tout s’imbrique, tout s’entrecroise, et il devient compliqué de definir les contours précis de ce que l’on appelle le “Web3”. Pour moi, l’expression englobe toute interface web communiquant avec une forme d’infrastructure blockchain. Mais on peut le dire plus simplement : le Web1, c’était le web limité à la lecture ; le Web2 s’est enrichi de l’écriture, avec l’introduction des plateformes interactives, qui encouragent les utilisateurs à créer des contenus. Le Web3, c’est la nouvelle étape, le web decentralized. Les utilisateurs sont non seulement des lecteurs et contributeurs, mais ils peuvent aussi revendiquer la propriété de ressources avec lesquelles ils interagissent… sur le Net. C’est une revolution en puissance.

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Le métavers, ce monde virtuel en plein essor, and sera un rouage essential. Comment le voyez-vous se developper, se structurer dans les années qui vinnent ?

Il faut d’abord bien distinguer Web3 et metavers. Ce n’est pas la meme chose. Ce qui caractérise le métavers, ce sont les notions de territoires, the déplacements, the mouvements. Une spatialité en dehors du monde physique, à travers la réalité virtuelle ou augmentée, qu’Internet n’est absolute pas en mesure d’offrir. Reste à savoir ce que nous en ferons… Pour le moment, nous sommes dans une phase un peu embryonnaire, qui nous ramène à l’époque des BBS (Bulletin Board Systems), avant Internet, lorsqu’on se connectait à des serveurs locaux qui formaient leur propre petit univers numerique, et qui n’avaient pas d’interactions les uns avec les autres.

Le métavers – ou plutôt les métavers -, c’est un peu ça aujourd’hui : lorsque vous y pénétrez, vous entrez dans un monde complètement déconnecté du reste, et vous n’avez pas la possibilité d’échanger deser des resources dans un autre système virtuel. On est encore vraiment dans un modèle précaire, limité, qui fait perdre tout l’avantage d’Internet, à savoir l’interopérabilité, la capacité de passer sans entrave d’un univers à l’autre. Raison pour laquelle je pense que nous ne pourrons pas résister à l’envie d’ouvrir et de creation des systems de plus en plus interconnectés et compatibles entre eux. Cela, je dirais que c’est la pente naturelle. Mais on ne peut pas exclure qu’un gros actor dominant impose sa vision et son modèle, déploie une plateforme tellement puissante et dominante qu’elle n’aurait plus besoin de s’interconnecter aux autres. L’equivalent de Facebook au temps du Web2.

Mais par nature, la technology et la philosophie de la blockchain trend vers un modèle très décentralisé. On est tenté de se dire que le nouvel écosystème rejettera forcement des tentatives de ce type…

Ce n’est pas sûr, et nous vivons un moment interesting de ce point de vue ; tôt ou tard, il y aura cette bifurcation, l’opposition inévitable entre un modèle très décentralisé, interconnecté comme Internet avait promis de l’être, et un modèle dominant avec deux ou trois grosses plateformes principales, voisinant avec des joueront pas sur le même terrain et n’arriveront pas à rivaliser. Une fois en place, les plateformes géantes accepteront-elles les objets des autres, leurs resources ? C’est toute la question. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, le fait d’utiliser une blockchain n’est pas, en soi, la guaranty d’une approche ouverte et décentralisée. Regardez ce qui se passe sur Sandbox et Decentraland : ces plateformes décentralisées ne reconnaissent pas les objets entre elles… l’autre. Cela prouve bien que la bataille de l’interoperabilité n’est pas gagnée.

Aujourd’hui, on voit se succéder les annonces de grandes marques, prêtes à dépenser des fortunes pour acheter des terrains virtuels. Au-delà du coup marketing, à quoi cela rime-t-il ?

On peut y voir avant tout des opérations de communication. Mais ces marques ne font pas n’importe quoi : il ya déjà un enormous marché dans le metavers. Des gens dépensent des centaines, voire des milliers de dollars pour habiller leur avatar. Lorsqu’il a organisé un concert sur Roblox, le rappeur américain Lil Nas X a généré plus de revenus and merchandising pour les avatars de spectateurs qu’en vendant des billets. Gucci, pioneer dans ce domaine, a lancé sur Roblox un sac numérique qui a été acheté plus cher que le sac physique commercialisé and boutique !

La mode is one question de statut. Si on commence à passer du temps dans le métavers, la vente d’accessory pour avatar deviendra un très bon business. L’autre option, pour les marques, est de vendre des coupons d’achat dans l’univers virtuel. Boson, par exemple, est en train de construire le center commercial du métavers. Quelle est l’idee ? Au lieu de naviguer sur a site d’e-commerce et de commander vos vêtements en quelques clics, une tout autre expérience vous est proposée : vous flânez dans un magasin virtuel, trouvez les habits que vous cherchez, vous vostre essayez, les achetez et vous les faites envoyer par la poste. Le metavers, c’est le nouveau site web. Pour l’instant ça a l’air un peu ridicule, mais il ya quelques années personne n’imaginait acheter une paire de chaussures sur Internet. Desormais, all the way to the end.

Au-delà du métavers, quelles initiatives and innovations vous paraissent les plus prometteuses aujourd’hui dans le Web3 ?

Tout ce qui relève de la finance décentralisée est absolument fascinant. La DeFi est en train de répliquer toutes les fonctionnalités des applications Financières, toutes les modalités d’échanges et de financement, sans qu’il soit nécessaire de s’en remettre à des institutions centralisées. A tous les maillons de la chaîne, tout ce que vous pouvez imaginer dans les marchés financiers traditionnels est en train de se recréer de façon décentralisée grâce à la blockchain. Des projets très intéressants voient également le jour avec les NFT (NDLR, les jetons non fongibles). Dans les deux cas, on peut déjà parler d’adoption assez massive. Le reste, tout ce qui tourne autour des DAO, ces organizations autonomouss décentralisées régies par des “contrats intelligents”, est extrêmement prometteur et innovant. Mais cela reste encore réservé à des communautés de “geeks”.

D’une façon générale, les entreprises doivent-elles s’attendre à voir leurs business models totalment bouleversés par le Web3 ?

La promesse du Web3, c’est la disparition des intermédiaires, l’idée qu’à l’avenir, tout pourra se faire de pair à pair, mais ce n’est pas vrai… La désintermédiation total n’existe pas. Ce qui va changer, en revenge, c’est la répartition de la valeur. Aujourd’hui le “crowdsourcing” est le modèle dominant : les grandes plateformes sur Internet ne produisent pas de la valeur elles memes, elles coordonnent et agrègent ce que leurs utilisateurs leur fournissent ; c’est le coeur du business pour tous les Airbnb, Uber, Facebook et Twitter de la planete…

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L’intermédiaire, dance ces cas précis, accapare toute la valeur ; non seulement l’utilisateur lui fournit des resources, mais en plus, il doit payer pour bénéficier de ses services ! Peut-on, demain, imaginer des systèmes assurant une forme de redistribution plus equitable ? Avec le Web3, je pense que oui, au travers de tokens, de dividendes ou de droits de gouvernance. C’est tout l’interêt. Ce n’est pas un bouleversement complete, mais une évolution profonde : nous n’accepterons plus de tout voir confisqué par un opérateur centralisé.


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